ACADÉMIE EUROPÉENNE INTERDISCIPLINAIRE DES SCIENCES

Science et Mythes
Tony FRATINI - Janvier 1999

       Actuellement, et depuis quelques années déjà, le monde  intellectuel semble concentré sur la question épistémologique relative au statut d'objectivité des sciences.
Cette question est implicite dans le thème de cette année à l'Académie :   l'homme est-il nécessaire à l'univers ?
Le but de cet exposé est de voir ce que la psychanalyse peut  apporter à ce  sujet. Nous constaterons d'abord que pour un chercheur, comme pour tout un chacun, ré interroger le statut des sciences équivaut à se propulser soi-même au top du savoir.

Une telle démarche est en effet propre à la pensée "bi-réfléchie" (Solié) :
elle ne dénote pas seulement une volonté de dominer le monde mentalement, mais une volonté de dominer la pensée-même, ne serait-ce qu'en lui posant des limites.

Hors, si la psychanalyse est légitimée à intervenir dans un tel débat, c'est qu'en plus d'un siècle d'existence elle nous appris du moins une chose :
le plus souvent nos discours, qui devraient être le reflet fidèle de nos pensées, de notre âme, se révèlent en réalité autant de leurres produits par nos névroses (cette considération n'est pas réservée à la situation analytique, mais inhérente à l'homme en général, donc aussi à ce qu'il peut penser de sa place dans l'univers).

L'énorme difficulté, sur laquelle Lacan insistait, de joindre à la "parole pleine", celle qui est écoutée et finalement entendue par le sujet, n'épargne pas l'esprit rationnel du scientifique. Il devrait donc être clair que lorsque l'on parle d'une vision du monde ou de la place de l'homme dans l'univers, l'équitation personnelle de l'auteur joue toujours un rôle significatif, même si sa thèse pose l'impossibilité d'une connaissance objective de la nature.

C'est bien là le sens, je crois, de la critique que Stengers adresse au monde scientifique : la science a bien sûr le droit de proposer une vision du monde, mais elle ne l'a pas plus qu'une discipline humaniste car elle non plus ne saurait être dépurée de toute équation personnelle.
Cette critique doit beaucoup à la découverte de l'inconscient, je dirai même qu'elle en est une conséquence directe.
Que notre intérêt (libido) s'oriente d'une manière constructive ou non, il est toujours déterminé, du moins en partie, par quelque facteur inconscient.

Ceci implique qu'à bien regarder nous devrions être en mesure de trouver dans les résultats de la science, comme de tout autre domaine, des traces de complexes d'Œdipe, de castration, voir d'archétypes…

Il existe de nombreuses études à ce sujet.
Prigogine cite Hadamard : Subconscient, intuition et logique dans la recherche scientifique, mais malheureusement ce texte, datant de 1945,  est à ma connaissance introuvable.

Mais que l'on pense par exemple au physicien allemand du dix-huitième siècle Kékulé qui découvrit la structure en chaîne fermée du benzène après avoir rêvé d'un serpent se mordant la queue, image qui correspond à un symbole alchimique bien connu,  l'ouroboros ,  et qui se retrouve sous formes de variantes dans nombre de produits culturels du monde entier.

Il s'agit par exemple de l'idée d'un perpetuum mobile, ou encore des rétroactions positives de la cybernétique,
d'un mouvement (ou d'une entité) qui se nourrit par lui-même, d'une expression du Grand Temps ou temps mythique (Eliade) …..                         

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